Clarisse Agbegnenou : « Pour 2024, il est encore trop tôt »

Double championne du monde et d’Europe ainsi que vice-championne Olympique à Rio, Clarisse Agbegnenou est la judokate française qui a la côte. À 25 ans, le seul titre qui lui manque est la médaille d’or aux Jeux Olympiques. Une quête qui commence avec des participations lors de Grand Slams, catégorie -63kg, comme celui de Paris le 10 février dernier.

Bonjour Clarisse, il y a deux semaines vous vous êtes imposée à Paris, votre 4ème victoire à domicile. Est-ce toujours un rendez-vous spécial à vos yeux ? 

« On me l’a dit juste après être sortie du tatami. Je ne me suis pas rendu compte qu’il s’agissait déjà de ma 4ème victoire. C’est toujours génial d’être devant le public parisien et devant mes proches. L’ambiance à Bercy est géniale, on se sent vraiment à la maison. Même si j’étais très fatiguée, je suis rentrée sur le tatami en toute décontraction et avec beaucoup d’énergie.

Le judo français connait une génération dorée avec notamment Audrey Tcheuméo qui s’est aussi imposée à Paris en -78kg et la superstar Teddy Riner. Vivons-nous la plus belle période du judo français ?

C’est vrai qu’actuellement nous avons de bons résultats que ce soit Audrey Tcheuméo, Emilie Andéol, Amandine Buchart ou encore Automne Pavia. Teddy Riner est à part, mais c’est vrai que nous avons une superbe génération féminine qui arrive et qui est très forte. C’est toujours sympa de gagner et de voir que tes amies gagnent aussi, ça nous boost ! On a encore plus envie de gagner.

Le judo est reconnu pour ses valeurs, son histoire et sa culture. Qu’est-ce que vous apporte le judo ?

Ce qui est bien avec le judo, c’est que le combat est une période de défoulement intense. Quand j’arrive sur le tatami, je sais que je peux me lâcher et j’aime ça. Le judo est un sport qui a des traditions et des valeurs comme le respect et l’humilité. Cela m’a aidé depuis que j’ai commencé le judo, ça m’aide beaucoup pour me canaliser.»

“Même si je n’ai que 25 ans, je commence déjà à sentir que je ne suis plus si jeune que ça“

À quel moment vous êtes-vous rendu compte de votre potentiel de championne parmi les meilleures de votre catégorie ?

Au départ, je ne m’en rendais pas compte. Je ne pensais même pas que j’allais faire du judo encore aujourd’hui. Quand j’avais 13/14 ans, je commençais à ne plus avoir de vacances, je faisais beaucoup de stages avec mon club de judo, je participais à pas mal de compétitions. Le moment où j’ai compris que j’étais forte, ce fût lors de ma victoire lors des championnats du Monde en cadet (ndlr : 2008). Avant je faisais ça pour le plaisir. Depuis, j’ai eu la chance d’enchaîner les victoires.

A 25 ans, avez-vous toujours la même envie ? 

Pour être honnête, je prends toujours du plaisir à faire du judo mais je ne peux pas faire comme si je ne le considérais pas comme un boulot. C’est mon gagne-pain. J’ai déjà fait beaucoup de sacrifices, mais j’apprécie toujours autant être sur un tatami, sinon j’aurai abandonné depuis bien longtemps.

Avec toutes vos victoires vous avez désormais une certaine notoriété …

Ça me fait toujours bizarre. On va pas se le cacher, je ne suis pas Beyoncé ou je ne sais qui d’autres (rires). Je trouve que je suis une personne totalement banale, je suis comme tout le monde. Après, ça me fait plaisir d’être reconnue de temps en temps et de faire des photos avec les gens. La notoriété ne me change pas beaucoup.

Dans deux ans, vous serez au pays du Judo à Tokyo. Pensez-vous ensuite faire les Jeux à domicile à Paris en 2024, à 32 ans ?

C’est incroyable de pouvoir participer aux Jeux de Tokyo avec les filles. On sait que les épreuves de Judo sont très attendues là-bas. On s’attend à ce que les japonaises soient très fortes. Pour Paris 2024, il est encore trop tôt pour que je sache si j’y serais. Même si je n’ai que 25 ans, je commence déjà à sentir que je ne suis plus si jeune que ça. Ma récupération prend plus de temps, je commence à fatiguer encore plus. Mais l’idée est dans un coin de ma tête et on verra ça plus tard.

Avez-vous une idée de votre vie après le judo ?

J’aime beaucoup travailler avec les gens, j’aime le relationnel. Je pense que j’aimerai bien être coach de vie, j’étudie pour cela. Pour l’instant je ne me vois pas continuer dans le monde du judo mais on ne sait jamais.

Pour finir, comment se démarquer dans votre sport ?

Je pense que j’arrive à me démarquer par mes victoires et mon style de judo. J’ai toujours envie de gagner. Toujours plus! J’ai mes petites choses qui me permettent de me différencier. Quand j’entre sur le tatami, j’ai mes grigris, j’entre en transe dans une certaine manière, c’est comme ça que je me sens à l’aise. »

 

Anissa Meksen : « Le MMA est dans un coin de ma tête »

Forte de ses 14 titres mondiaux en boxe pieds-poings, Anissa Meksen semble au sommet de son art. Son prochain objectif : l’UFC. 

Vous avez aujourd’hui 14 titres mondiaux dans différentes disciplines (boxe thaï, kick-boxing et K-1). A quand le 15ème titre ?

« Je ne sais pas. Je ne suis plus en quête de ceinture. Mon objectif c’est de conserver ma ceinture du Glory, d’évoluer dans le ranking chaque jour et de remporter un titre de championne d’Europe et du monde en boxe anglaise.

En boxe pied-poing, estimez-vous être la meilleure au monde ?

Je n’ai pas la prétention de dire ça. Mais en tout cas, j’essaye de l’être et je me bats tous les jours pour.

Pour votre combat au Glory, il parait que vous aviez quelques problèmes au niveau du poids … 

Oui, tout le monde me charrie là-dessus. J’ai du mal à prendre du poids. Je ne combattais pas dans catégorie habituelle (53 kilos), là c’était 55,3 kilos. Donc pendant un mois, on s’est battu avec Benoit (son entraîneur) pour que je m’alimente plus. Mais en s’entraînant deux fois par jour, ce n’est évident de prendre du poids. Donc je suis resté à 54 kilos pendant un moment. Et le matin de la pesée, j’ai pris un gros petit-déjeuner pour monter à 54,7.

« Les études ont toujours été la priorité par rapport à la boxe »

Votre entraîneur est aussi votre mari …

(Sourires) J’évite de trop en parler. C’est vrai que tout le monde souhaite que j’en parle mais pour moi la vie privée reste la vie privée.

Si un jour vous vous rendez compte qu’avec Benoit, vous n’arrivez plus à passer un cap. Pourriez-vous décider de ne plus vous entraîner avec lui ?  

C’est impossible parce que je n’imagine pas ce cas de figure. C’est quelqu’un de perfectionniste et moi aussi. On évolue et progresse tout le temps ensemble. Et dès qu’on a des lacunes, on va les chercher les connaissances ailleurs. On ne se dit pas qu’on est les meilleurs, que notre méthode d’entraînement est la meilleure. On s’inspire toujours des endroits où l’on va pour progresser.

« Le MMA est le sport à la mode »

A moyen ou long terme, le MMA (Arts Martiaux Mixtes) et l’UFC pourraient vous intéresser ?

Bien-sûr, ça reste dans un coin de ma tête. Aujourd’hui, on n’a pas d’opportunité concrète.

 Si l’occasion se présente, êtes-vous prête à monter dans l’octogone ?

Je me suis entraînée pendant un mois au sol. Je ne peux pas négliger cette partie là. Je suis consciente qu’il faut que je travaille au sol un maximum. Donc je fais le nécessaire pour être la plus à l’aise possible.

Depuis 2016, vous multipliez les stages pour vous perfectionner en MMA…

Depuis juillet 2016, j’ai fait quelques stages pour travailler le sol et la lutte. Je suis partie à Albuquerque (Nouveau-Mexique) pour apprendre aux côtés des spécialistes de la discipline.

Aujourd’hui, en France le MMA est interdit…

Ça va devenir légal ! Les autorités sont obligées d’autoriser le MMA. Tout le monde s’aligne et accepte ce sport. C’est le sport à la mode.

En plus d’être une championne dans différentes disciplines, vous possédez un double-Master…

On va dire que les études ont toujours été la priorité par rapport à la boxe. Pour moi c’était important d’avoir une tête bien pleine avant d’avoir une carrière de sportive de haut niveau. J’ai essayé de bien gérer les deux choses et tout s’est bien passé tout au long de ma carrière.

Pour finir, qu’espérez-vous pour 2018 ?

Le meilleur comme en 2017. J’espère défendre ma ceinture à plusieurs reprises et rester au top comme je suis à l’heure actuelle ».