Welcome Jules : « L’ambiance devrait être au rendez-vous »

Déplacé au Santiago Bernabeu,  la finale retour de Copa Libertadores va enfin pouvoir se jouer. Entretien avec le Youtubeur franco-argentin Welcome Jules, supporter de Boca Juniors et auteur du titre Sergio Ramos.

Comment avez-vous vécu la délocalisation de la finale ?

« En tant qu’argentin, comme une « défaite » pour l’Argentine. C’est triste qu’une finale aussi historique soit délocalisée en Europe et que le peuple argentin ne puisse même pas en profiter, même si c’est aussi en partie de leur faute.

En tant que supporter, pensez-vous qu’une formation possède un avantage ?

Non, ceux de River vont vous dire que Boca est avantagé puisque il y aura les hinchas de Boca et de River.

En Argentine, comment a été vécu le report de la seconde manche ?

Ça a été vécu comme une défaite également, mais ça a aussi pu montrer toutes les limites et la « corruption » de la CONMEBOL (ndlr, ), avec ce match reporté 3 fois à une heure différente pour finalement le suspendre, Gianni Infantino (ndlr, président de la FIFA) qui voulait obliger les joueurs de Boca à jouer, alors qu’il y avait des blessés.

A l’image de m’ambiance en tribunes, la ferveur locale est surréaliste. A quoi faut-il s’attendre au Bernabeu ?

Beaucoup d’argentins vivant en Espagne ou dans toute l’Europe vont s’y rendre, également environ 10 000 argentins, en partance de Buenos Aires. L’ambiance devrait être au rendez-vous, on espère sans débordement.

Où comptez-vous voir le match ?

Je serais malheureusement à l’étranger donc je le regarderais depuis ma chambre d’hôtel. Sinon, j’aurai évidemment été en tribunes à Madrid, côté Boca.

Un pronostic ?

Allez ! C’est compliqué mais on va dire victoire 2-1 de Boca. But de Barrios et Benedetto. » .

Nelson Monfort : « Khachanov finira dans le Top 5 d’ici quelques mois »

A 22 ans, Karen Khachanov a remporté son premier Masters 1000, dimanche dernier à Bercy. Après sa victoire face à Novak Djokovic, le Russe rejoint Marat Davydenko, Nikolay Chesnokov et son idole Marat Safin. Une promesse du tennis mondial décryptée par Nelson Monfort, journaliste sportif culte de France Télévision.

A titre personnel, comment avez-vous vécu le sacre de Khachanov à Bercy ?

« Je l’ai très bien vécu car il s’agissait d’une demi-surprise, compte tenu des circonstances et du magnifique match de Djokovic en demi, face à Federer. Je pense que le Serbe a accusé un coup de fatigue après avoir joué 3 heures la veille. Il s’en remettra d’ici une semaine et le Masters de Londres (ndlr : du 11 au 18 novembre).

Bien que cela se soit déjà produit, est-ce étonnant qu’un vainqueur soit situé en dehors du Top 15 ATP ?

C’est assez surprenant dans un Masters 1000 et surtout rare pour un joueur classé en 22e position! Et puis en quart, Khachanov aurait pu être éliminé face à l’américain John Isner et 2 balles de match, donc ça ne tient pas à grand chose et c’est souvent ainsi dans le sport.

La dernière victoire d’un Russe remonte à 2009. Assiste t-on au retour d’une figure montante de la Team Russie ?

J’en suis persuadé, Karen Khachanov a tout pour réussir. Son service est exceptionnel notamment sur surface rapide, on l’a d’ailleurs vu durant le tournoi. Malgré sa grande taille il a une grande rapidité, bon en fond de cours et monte au filet quand il le faut. C’est un joueur spectaculaire qui finira dans le Top 5 d’ici quelques mois. On tient là une étoile du tennis mondial.

« Si on se revoit dans un an, je serai très étonné que Khachanov ne figure pas dans le Top 3. »

Il s’agit du 11e joueur à remporter son premier masters à Bercy, en quoi ce tournoi se démarque t-il des autres ?

Il s’agit d’un tournoi de fin d’année, après 10 mois de saison, la fatigue fait que certains outsiders peuvent s’imposer. On assiste à beaucoup plus de surprises en novembre qu’en avril.

Quel a été votre coup de coeur durant le tournoi ?

Karen Khachanov m’a séduit. Lors de la finale, bien qu’il s’agisse de sa plus belle victoire, il n’en a pas rajouté en sautant dans tous les sens. Dans sa tête, c’est une étape. Désormais son objectif est la première place mondiale. Si on se revoit dans un an, je serai très étonné que Khachanov ne figure pas dans le Top 3.

Petit point français, les éliminations de Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert vous ont-elles inquiété ?

Si vous me posez la question vis à vis de la Coupe Davis, les éliminations en simple ne sont pas une bonne nouvelle mais en double c’est quand même autre chose. Plus généralement la très mauvaise saison des tennisman français m’inquiète. Aucun n’a dépassé les huitièmes d’un grand Chelem. Si la France remportait la Coupe Davis (ndlr : du 23 au 25 novembre), il s’agirait vraiment de l’arbre qui masque la forêt.

Pour finir, quel rendez-vous sportif attendez-vous prochainement ?

L’automne est un peu plus calme. Avec l’ami Philippe (Candeloro) nous allons reprendre le patinage artistique avec le trophée de France, à Grenoble (ndlr : du 23 au 25 novembre). C’est un sport qui plait aux téléspectateurs en fin d’année et contrairement au tennis, nous avons de grands espoirs en danse mais aussi en Coupe. »

Tony Moggio : « C’est pas une autre vie, c’est ma vie qui continue »

Auteur du livre Le Talonneur brisé, Tony Moggio est l’une des figures des grands blessés du sport français. Sa vie a basculé en plein match de Rugby. Un entretien mené chez lui à Castelginest, près de Toulouse.

Bonjour Tony Moggio, tout d’abord avez-vous commencé le sport par le Rugby ?

 « Non, j’ai démarré par le Judo, j’en ai fait pendant 10 ans. C’était mon premier sport avant de me lancer dans le Rugby.

Suite à un match de championnat en 2010, votre vie bascule à 24 ans. Pouvez-vous nous raconter comment l’accident s’est produit ?

C’était un dimanche. On était à la 5e mêlée et mon pied droit s’est écarté, du coup la mêlée a vrillé. J’ai pris tout le poids sur les cervicales. Une compression d’exactement 1388kg sur la moelle épinière. La sanction a été immédiate… Je me suis écroulé et je ne sentais plus les membres de mon corps. Je suis resté entre trois quart d’heure sur le terrain. Je me suis très vite inquiété quand j’ai vu les pompiers arrivé. J’ai senti dans le regard d’un jeune qui venait sans doute de débuter que ça allait être compliqué pour moi… Le SAMU est ensuite arrivé et m’a emmené en hélicoptère. On m’a opéré au niveau des cervicales, C5 et C6. Ils m’ont mis 30 cm de plaque pour tout ressouder.

« Beaucoup de gens se sont mobilisés par des actions. Je recevais des lettres de partout même de Nouvelle-Zélande »

Vous avez réussi à récupérer de la motricité. Cela a t-il été permis grâce au centre de rééducation ?

Je peux dire que j’ai eu de la chance. Je ne bougeais que les yeux au début, je ne pouvais même pas parler. Les médecins se sont rendu compte que j’avais 2 mystérieuses boules de ping-pong sous le cartilage. Ca a fait tampon au moment du choc. Avant l’accident j’avais d’ailleurs fait des tests qui disaient que j’étais en parfaite santé et apte à jouer en 1e ligne. Les médecins cherchaient à comprendre comment j’ai pu devenir tétraplégique. Ca m’a contrarié dans ma reconstruction.

Et vous y avez passé un an. Comment avez-vous fait pour vous battre ?

C’était un moment très difficile. Dans le centre de rééducation, on essaye de tout faire pour récupérer le plus vite possible. Sauf qu’au début rien ne changeait. C’était dur pour un sportif comme moi de ne pas voir de résultat. On essaye de bouger le bras mais il bouge pas. C’était un moment difficile pour Tony qui était pourtant quelqu’un de sociable et qui à ce moment là se renfermait dans une bulle pour récupérer le plus de choses. On s’y sent très seul. On re-devient comme un gosse, on a besoin des autres pour s’occuper de nous. Mes proches venaient tous les jours et faisaient plus de 100km.

Savoir dés le départ que vous ne marcheriez plus, cela vous a t-il aidé dans votre rééducation ?

Je vous parlerait pas de deuil mais il fallait être clair avec ses idées. J’ai compris qu’il fallait que je vive autrement et que je pouvais encore faire pleins de choses. J’ai eu la chance d’être bien entouré et soutenu par ma famille. Et également celle du Rugby, beaucoup de gens se sont mobilisés par des actions. Je recevais des lettres de partout même de Nouvelle-Zélande. Ca m’a énormément aidé. Je ne voulais pas décevoir, je ne pouvais pas. C’est une mentalité de Rugbyman.

Vous dites désormais “aimer votre vie de mec en fauteuil“, c’est vrai ?

Tout à fait ! Les gens se posent souvent des questions du genre “comment un sportif peut du jour au lendemain se retrouver sur un fauteuil roulant ?“. Je me suis fixé des objectifs, je suis passé à autre chose et c’est pas une autre vie, c’est ma vie qui continue. On se doit de vivre.

Enfin, quels sont vos futurs projets ?

Mes projets c’est d’avoir un enfant. Un rugbyman ! Je l’encouragerai à en faire malgré l’accident de son père… Ensuite, un prochain bouquin et développer mon entreprise de consulting qui a pour but de faire de la prévention, parler du handicap mais aussi de la vie de tous les jours. »