Tony Moggio : « C’est pas une autre vie, c’est ma vie qui continue »

Auteur du livre Le Talonneur brisé, Tony Moggio est l’une des figures des grands blessés du sport français. Sa vie a basculé en plein match de Rugby. Un entretien mené chez lui à Castelginest, près de Toulouse.

Bonjour Tony Moggio, tout d’abord avez-vous commencé le sport par le Rugby ?

 « Non, j’ai démarré par le Judo, j’en ai fait pendant 10 ans. C’était mon premier sport avant de me lancer dans le Rugby.

Suite à un match de championnat en 2010, votre vie bascule à 24 ans. Pouvez-vous nous raconter comment l’accident s’est produit ?

C’était un dimanche. On était à la 5e mêlée et mon pied droit s’est écarté, du coup la mêlée a vrillé. J’ai pris tout le poids sur les cervicales. Une compression d’exactement 1388kg sur la moelle épinière. La sanction a été immédiate… Je me suis écroulé et je ne sentais plus les membres de mon corps. Je suis resté entre trois quart d’heure sur le terrain. Je me suis très vite inquiété quand j’ai vu les pompiers arrivé. J’ai senti dans le regard d’un jeune qui venait sans doute de débuter que ça allait être compliqué pour moi… Le SAMU est ensuite arrivé et m’a emmené en hélicoptère. On m’a opéré au niveau des cervicales, C5 et C6. Ils m’ont mis 30 cm de plaque pour tout ressouder.

« Beaucoup de gens se sont mobilisés par des actions. Je recevais des lettres de partout même de Nouvelle-Zélande »

Vous avez réussi à récupérer de la motricité. Cela a t-il été permis grâce au centre de rééducation ?

Je peux dire que j’ai eu de la chance. Je ne bougeais que les yeux au début, je ne pouvais même pas parler. Les médecins se sont rendu compte que j’avais 2 mystérieuses boules de ping-pong sous le cartilage. Ca a fait tampon au moment du choc. Avant l’accident j’avais d’ailleurs fait des tests qui disaient que j’étais en parfaite santé et apte à jouer en 1e ligne. Les médecins cherchaient à comprendre comment j’ai pu devenir tétraplégique. Ca m’a contrarié dans ma reconstruction.

Et vous y avez passé un an. Comment avez-vous fait pour vous battre ?

C’était un moment très difficile. Dans le centre de rééducation, on essaye de tout faire pour récupérer le plus vite possible. Sauf qu’au début rien ne changeait. C’était dur pour un sportif comme moi de ne pas voir de résultat. On essaye de bouger le bras mais il bouge pas. C’était un moment difficile pour Tony qui était pourtant quelqu’un de sociable et qui à ce moment là se renfermait dans une bulle pour récupérer le plus de choses. On s’y sent très seul. On re-devient comme un gosse, on a besoin des autres pour s’occuper de nous. Mes proches venaient tous les jours et faisaient plus de 100km.

Savoir dés le départ que vous ne marcheriez plus, cela vous a t-il aidé dans votre rééducation ?

Je vous parlerait pas de deuil mais il fallait être clair avec ses idées. J’ai compris qu’il fallait que je vive autrement et que je pouvais encore faire pleins de choses. J’ai eu la chance d’être bien entouré et soutenu par ma famille. Et également celle du Rugby, beaucoup de gens se sont mobilisés par des actions. Je recevais des lettres de partout même de Nouvelle-Zélande. Ca m’a énormément aidé. Je ne voulais pas décevoir, je ne pouvais pas. C’est une mentalité de Rugbyman.

Vous dites désormais “aimer votre vie de mec en fauteuil“, c’est vrai ?

Tout à fait ! Les gens se posent souvent des questions du genre “comment un sportif peut du jour au lendemain se retrouver sur un fauteuil roulant ?“. Je me suis fixé des objectifs, je suis passé à autre chose et c’est pas une autre vie, c’est ma vie qui continue. On se doit de vivre.

Enfin, quels sont vos futurs projets ?

Mes projets c’est d’avoir un enfant. Un rugbyman ! Je l’encouragerai à en faire malgré l’accident de son père… Ensuite, un prochain bouquin et développer mon entreprise de consulting qui a pour but de faire de la prévention, parler du handicap mais aussi de la vie de tous les jours. »